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Les oeuvres de Marc Anselmi s’inscrivent dans la pratique du collage. Le réel, prélevé, détaché, amputé, se métamorphose en éclats qui s’intercalent et se juxtaposent sur les toiles. Seule une trace de leur identité initiale subsiste et de leur enchâssement surgit une nouvelle existence au sein d’une composition instable. C’est assurément une esthétique du fragment qui se dessine dans ces oeuvres, un art combinatoire qui fusionne la réalité tangible au fantastique, le familier à l’étrange, la certitude à la vacillation. Les contraires se chahutent dans une même rébellion contre la tyrannie de la totalité et la facilité de la confusion. Marc Anselmi puise dans le prodigieux « magasin d’images et de signes » que Baudelaire évoquait, ces matériaux que le réel propose et que son imagination modifie, détourne et renouvelle jusqu’à l’accomplissement de ces kaléidoscopes énigmatiques. La formule de « recyclage poétique du réel urbain » de Restany s’accorde avec ces paysages morcelés comme des affiches lacérées, d’où surgissent par endroits des lambeaux de phrases ou de mots. Mais au milieu de ces échos citadins, jaillit ça et là une végétation inattendue ou une floraison prodigieuse à la manière de ces lieux désertés que la nature reprend. Dans cet univers flottant de formes
superposées, de messages tronqués, dans ce théâtre inachevé où se devinent les traces du geste de l’artiste, se dressent enfin ces héros masqués, turbulents ou immobiles. De fragments il est encore question dans ces corps sans têtes, ces têtes sans visages, troquées contre des masques qui viennent troubler la représentation et brouiller l’identité. Le masque, cette inquiétante étrangeté, révèle une réalité plurielle et ambiguë du même et de l’autre, de la reconnaissance et de la différence dans un va-et-vient continu entre la vérité et l’imposture, la réalité et la fiction, le permis et le défendu. « Les masques ne recouvrent rien, sauf d’autres masques » remarquait Deleuze. Le masque se déploie ici sous toutes ses
formes : masques à têtes d’animaux comme un lointain rappel de rituels animistes ou totémistes, simples sacs de toile ou masques de lucha libre, hautement symbolique et politique. Comme le voile posé sur Agamemnon dans le célèbre tableau de Thimanthe, ces masques, qui cachent pour mieux montrer, captent le regard et exaltent l’imagination.
L’oeuvre de Marc Anselmi déplace le réel, trouble les frontières, impose un ordre ébranlé par l’inattendu, l’incertain et l’inachevé. Elle dessine et estompe les contours de territoires inconnus qu’elle
nous offre à explorer. Elle est extraordinairement puissante.

Isabelle Bonnet

 

Marc Anselmi artworks represent the practice of collage. The real is taken, detached, amputated, broken up and scattered in pieces which intercalates and juxtaposes on the canvas. With their entrenchment, a new existence within this unstable composition appears and only one trace of their initial identity remains. It is certainly the aesthetic of the fragments that
takes shape in these works, a combinatory art in which combined the tangible reality with the fantastic, the familiar with the unknown, certainty with doubt. Contraries heckles in a same rebellion against the tyranny of the whole and the comfort of confusion. Marc Anselmi collects from the prodigious “storehouse of images and signs” that Baudelaire evoked. These materials that reality proposes and his imagination transforms, reroute and renew until the accomplishment of these enigmatic kaleidoscopes. Pierre Restany formula of the “lyrical recycling of the urban landscape” is quite appropriate regarding the scattered landscapes like ripped posters from where shred of sentences and words appears.
But in the midst of this town echo, spring here and there unexpected plants or a prodigious blossoming in the style of deserted places that nature takes over. In this floating universe of layered shapes, of shortened messages, in this unfinished theatre where the trace of the artist is only suspected, rises at last these boisterous or still masked heroes. It is still a question of fragments with headless bodies, heads without faces traded for masks that disturb the representation and blur the identity. The mask, this worrying strangeness, reveals the plural and ambiguous reality of the same and of the other, of the recognition and of the difference in a continuous back and forth between the truth and the false identity, the reality and the fiction, between what is allowed and what is forbidden. Deleuze noticed that “masks do not cover anything except other masks”. The mask unfolds here all its shapes : animal headed masks like a distant memory of animists or totemists rituals, simple canvas bags or lucha libre masks, highly symbolics and politic. Like the veil placed on Agamemnon in the famous painting of Thimanthe, these masks that hide to show better, capture one’s interest and elevate the imagination.
Marc Anselmi work shifts reality, confuses the borders, imposes an order shattered by the unexpected, the uncertain and the incomplete. His work offers an exploration of unknown territories in which contours are drawn and
blurred. It is exceptionally powerful.

Isabelle Bonnet